Home / MINES / DRAME MINIER EN RCA : UN AVERTISSEMENT SANGLANT POUR LE CAMEROUN ET UNE DÉFAILLANCE DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

DRAME MINIER EN RCA : UN AVERTISSEMENT SANGLANT POUR LE CAMEROUN ET UNE DÉFAILLANCE DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

Capture d’écran 2026-08-20 115217DRAME MINIER EN RCA : UN AVERTISSEMENT SANGLANT POUR LE CAMEROUN ET UNE DÉFAILLANCE DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

L’effondrement tragique d’une carrière à ciel ouvert survenu au chantier minier de Zamboï (RCA), à la frontière immédiate du Cameroun, a coûté la vie à plus de cent vingt personnes dans des conditions d’exploitation artisanale inhumaines. Loin d’être un simple fait divers transfrontalier, ce drame par négligence chez le voisin constitue un miroir tendu au Cameroun et une interpellation directe de la communauté internationale.

Une responsabilité camerounaise engagée malgré la frontière

Si la responsabilité juridique directe du drame incombe à la RCA sur le plan territorial, la responsabilité administrative, sécuritaire et morale des autorités camerounaises est pleinement engagée dans cette catastrophe :

  • Faillite du contrôle transfrontalier : Situé à la lisière de l’arrondissement de Garoua-Boulaï, le site de Zamboï fonctionne comme une enclave informelle où des milliers de citoyens camerounais traversent quotidiennement une frontière perméable sans aucun contrôle migratoire. Laisser s’installer un tel « Far West » aux portes du pays relève d’une démission du contrôle territorial.
  • Complicité par inertie et réseaux d’enrichissement : Les autorités locales et les services de renseignement de l’Est-Cameroun ne pouvaient ignorer cette ruée vers l’or. En fermant les yeux sur les flux d’orpailleurs et sur les comptoirs clandestins basés côté camerounais qui rachetaient le minerai au profit de réseaux d’intérêts locaux, l’État a entretenu ce système mortifère.
  • Violation des règles sur les nationaux : Alors que l’Article 71 du Code Minier de 2023 réserve l’artisanat minier aux seuls nationaux encadrés, l’État a toléré que ses citoyens servent de « chair à canon » dans des carrières sauvages de l’autre côté de la frontière sans moindre sensibilisation ni alerte administrative.

Alerte rouge : Des « Zamboï » en puissance déjà actifs au Cameroun

Ce drame est la copie conforme de ce qui se passe quotidiennement dans nos propres bassins miniers, où les mêmes caractéristiques mortelles sont réunies : surfréquentation extrême, absence totale d’équipements de protection individuelle (EPI) et falaises friables creusées sans aucun aménagement de géo-ingénierie (banquetage) :

  • Kambélé (Batouri) : Épicentre des drames miniers à l’Est, où des milliers d’orpailleurs s’engouffrent sous des surplombs instables.
  • Bétaré-Oya (Lom-et-Djérem) : Des concentrations humaines incontrôlées creusent les berges au mépris des risques d’affaissement.
  • Colomines et Ngoura (Est) : Des carrières sauvages où la jeunesse travaille dans un désordre technique et sécuritaire absolu.
  • Meiganga et Djohong (Adamaoua) : Des « villes champignons » transfrontalières qui émergent hors de tout contrôle du Ministère des Mines (MINMIDT).

Lois piétinées et inertie de la communauté internationale

Le Cameroun dispose pourtant de la Loi n° 2023/014 portant Code Minier et des décrets d’application de novembre 2024. La Brigade Nationale de Contrôle et la SONAMINES ont le pouvoir légal de fermer les carrières à risque (Articles 140 à 142). Ne pas appliquer ces textes avant l’hécatombe relève de la négligence criminelle.

Par ailleurs, la passivité des organismes internationaux frôle la complicité :

  • L’ITIE : Doit dépasser la seule transparence fiscale pour intégrer la traçabilité humaine et les normes de sécurité sur les sites d’orpaillage artisanal.
  • L’OIT (Organisation Internationale du Travail) : Doit faire appliquer sa Convention n° 176 et censurer les États qui tolèrent cette mise en danger systématique des travailleurs.
  • Le HCDH (ONU) et l’OCDE : Le Haut-Commissariat doit qualifier ces abandons de violations du droit à la vie, et l’OCDE doit placer cet or sous embargo en le classant « minerai à haut risque ».

Recommandations d’urgence

Acteur Action prioritaire
Gouvernement du Cameroun Sécuriser la frange frontalière de Garoua-Boulaï et ordonner l’inspection/fermeture immédiate des sites à risque à Kambélé, Bétaré-Oya et Colomines.
MINMIDT & SONAMINES Déployer la Brigade de Contrôle pour imposer le banquetage (gradins) et le port d’EPI sous peine de poursuites pénales contre les exploitants.
ITIE, OIT & Bailleurs Mettre sous pression les États du bassin du Congo et sanctionner l’or issu des carrières artisanales non sécurisées.
Société Civile & Médias Exercer un rôle de veille et attaquer en justice pour non-assistance à personne en danger les autorités locales qui couvrent ces chantiers mortels.

Le drame centrafricain est un avertissement direct. Si le gouvernement camerounais n’en tire pas les enseignements dès aujourd’hui pour assainir ses propres zones minières, la responsabilité des prochains effondrements sur son sol lui incombera entièrement.

Alain DJAWA WALIDJO, Earth Cameroon.

 

About Earth Cameroon

Check Also

WhatsApp Image 2025-04-24 at 15.57.07

ENCADREMENT JURIDIQUE DES CARRIERES : EARTH CAMEROON RECONNAIT LES AVANCEES ET APPELLE A UNE APPLICATION RIGOUREUSE.

Depuis 2019, Earth Cameroon mène des actions de plaidoyer auprès des autorités afin de renforcer ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>