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KALFOU PLEURE, L’ÉTAT REGARDE : COMBIEN D’ANNEES FAUDRA-T-IL ENCORE ?

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Dans l’arrondissement de kalfou, le conflit homme-faune est une terreur qui ne date pas d’hier. Depuis 2008, les incursions des éléphants dans les villages de kalfou ne s’arrêtent plus. Elles sont devenues une crise humanitaire. Chaque année, les populations font face impuissantes à la destruction de leurs cultures, de leurs habitations et à la perte de vies humaines. Pourtant, malgré les multiples alertes, aucune solution concrète et durable n’est encore prise.

De Daïba à Kaoula, de Bougaï à Gada Karal, de Wourou Malsambo à Guinan, de Playouri à Goulourgou, en passant par Guissia et Hamdalao, aucun village n’est épargné, le constat est le même: Kalfou entier pleure. Les incursions des éléphants sont régulières dans les villages et les champs. Partout, les habitants expriment la même désolation.

Au cours de notre enquête de terrain, les populations expriment une existence marquée par la peur permanente. Des morts dans les champs, des morts sur les chemins, des morts chez eux. Des pères de famille, des jeunes, des enfants, des femmes. Des paysans qui allaient simplement nourrir leurs enfants. À cela s’ajoutent des habitations endommagées ou totalement détruites, des champs dévastés, des récoltes entières anéanties. Les villageois vivent désormais au rythme des alertes annonçant la présence des pachydermes. « Tout le temps, les éléphants passent, mangent toutes nos cultures et détruisent nos maisons. Ils blessent et tuent les gens et nous ne pouvons pas nous défendre. » Expriment les villageois.

Les conséquences de ce phénomène constituent un important manque à gagner pour les populations locales. Dans une région où l’agriculture constitue la principale source de revenus, la destruction des cultures plonge les  ménages dans une profonde précarité. Les réserves alimentaires disparaissent avant même les récoltes. Pour plusieurs familles, la faim n’est plus une menace future mais une réalité quotidienne.

Les autorités locales affirment reconnaitre l’ampleur du problème, mais restent encore muettes face aux cris des populations. Sur le terrain, il n’existe aucune action concrète capable de limiter les incursions des pachydermes. Ce qui nourrit désormais un sentiment d’abandon. Ainsi, les populations ont le sentiment que leurs souffrances sont connues mais ne sont prises en compte. Pendant les meetings politiques, des promesses sont faites mais jamais concrétisées. Les éléphants, eux, continuent de détruire les champs et de menacer les populations.

La question qui se pose aujourd’hui est simple : combien de victimes faudra-t-il avant qu’une réponse durable soit apportée à cette crise ?

1La protection de la biodiversité constitue une obligation légitime. Cependant, aucun objectif de conservation ne peut être durable s’il s’accompagne de la précarisation des populations riveraines. La sécurité et les droits des citoyens doivent demeurer avant tout une priorité de l’action publique.

À Kalfou, les populations n’attendent plus des promesses. Elles attendent des solutions. Sans dispositif de refoulement opérationnel, sans réhabilitation des corridors, sans compensation digne, les populations de Kalfou affrontent seules cette catastrophe. Chaque saison qui passe sans réponse efficace rapproche davantage l’arrondissement d’une crise sociale et alimentaire dont les conséquences pourraient être lourdes pour l’ensemble du Mayo-Danay voire même de la région.

 

Benoît MADAGAL, Earth Cameeroon.

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