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LE BRACONNAGE DANS LE DJA ANTENNE EST : ETAT ET COMMUNAUTÉS AUTOCHTONES S’ACCUSENT RÉCIPROQUEMENT

54017-le-braconnage-en-afrique-du-sud-une-vraie-mafia-622x0-1La Réserve de Faune du Dja (RFD) ou Réserve de Biosphère du Dja (RBD) appartient au domaine forestier permanent de l’Etat suivant le décret de classement N°2007/1029/PM du 09 Juillet 2007. Elle est une Unité Technique Opérationnelle (UTO) de Première Catégorie. Sur le plan international, elle cumule les statuts de Réserve de Biosphère (1981) et du Site du Patrimoine Mondial (1987).

Le décret N° 2004/320 du 8 décembre 2004 portant réorganisation du gouvernement, complété et modifié par le décret N° 2007/269 du 07 décembre 2007 consacre la gestion des ressources forestières et fauniques du territoire national au Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF).

Comme pour les autres réserves, la RFD est gérée par  le MINFOF représenté localement par le Service de la Conservation (SC) dont le quartier général est localisé à Somalomo au Nord de la réserve. Pour assurer une bonne couverture de la RBD, le SC a découpé la réserve en 04 antennes qui lui servent de représentations au niveau stratégique et local : l’antenne Est dont la base est à Lomié, l’antenne Sud dont la base est à Djoum, antenne Ouest dont la base est à Meyomessala et antenne Nord dont la base est à Somalomo. Chaque antenne a à sa tête un chef d’antenne qui dirige une Equipe Mobile d’Intervention Rapide (EMIR). Les activités de conservation, de recherche et de lutte anti braconnage s’organisent au sein de l’antenne sous la supervision du Chef d’unité de lutte anti-braconnage du SC avec l’appui financier et humain des partenaires. Un responsable du SC affirme que selon les  textes organisant le SC : ces activités doivent être « faites avec la collaboration des populations riveraines dans toutes les zones de forte pression sur les ressources naturelles préalablement identifiées ».

Cependant, depuis 2016, comme l’affirme un responsable du WWF Cameroun « on assiste à la résurgence de la grande criminalité faunique dans le boucle du Dja ou des centaines de spécimens d’espèces rares et  emblématiques sont illicitement abattus ». Cette grande criminalité est le fait du braconnage qui impliquent plusieurs acteurs parmi lesquels : les communautés riveraines, les braconniers, les « grands de Yaoundé » comme ça s’appelle localement, les écogardes et/ou les agents des eaux et forêts, les conservateurs. Somme toute, il s’agit d’une pratique déviante qui dérive de la gestion exclusive et autoritaire. Cette gestion a également entrainé la structuration des conflits entre principaux acteurs notamment les conservateurs (Etat et ses partenaires) et les communautés autochtones/riveraines comme l’indiquent ces témoignages :

 « Ils disent qu’ils peuvent conserver les espèces là sans nous, alors on va voir s’ils peuvent y arriver sans nous, nous connaissons la forêt plus qu’eux » (Chef d’un village qui se situe à l’intérieur de la RFD, coté antenne Est).

A la question de savoir pourquoi le SC n’implique pas les communautés autochtones et riveraines dans la gestion de la réserve, un Agent des Eaux des Forêts rencontré dans le bureau d’antenne Est à Lomié répond : « Non, on ne peut pas les impliquer. Elles vont décimer la faune en un mois ».

Une responsable d’ASTRADE, une organisation locale basée à Lomié et très active dans la zone s’insurge contre la « non-association des populations autochtones au projet de conservation de la biodiversité. Elles ne sont pas impliquées du côté de la Lomié. C’est vers Somaloma qu’on observe une faible participation des PACL mais dans la zone de Lomié, ça n’existe pas, il n’y a même pas une collaboration entre ce service et les populations riveraines ».

« Ils nous interdisent la chasse, mais nous voyons tous les jours les étrangers entrer et sortir avec les gibiers sans inquiétudes (parlant de ceux qui ont le permis de chasse). Nous ne pouvons pas accepter ça » déclare un membre de la communauté Baka de Nomedjoh.

            Les membres des communautés autochtones et riveraines tiennent l’Etat pour responsable du « grand braconnage » dans la RFD du fait que les braconniers sont au service des « grands de Yaoundé » qui les fournissent tous les matériaux modernes de chasse. Le mot « grands de Yaoundé » fait référence aux ministres, aux Directeurs Généraux, aux Colonels et autres hauts gradés de l’administration résidant dans les grandes villes du Cameroun. Ces derniers recrutent des braconniers locaux à leurs comptes. Ces derniers, même quand ils sont arrêtés, sont aussi tôt libéré par un coup de fil que reçoivent les agents des eaux des forêts du terrain pour la libération du présuré. Un braconnier de Dioula quartier du village Djapostel confesse « qu’il ne peut être arrêté parce que les agents des eaux des forêts savent pour qui il travaille ».  Ces situations mettent souvent les agents des eaux de forêts dans des conditions inconfortables ou ils sont insultés par les communautés et nargués par leur hiérarchie. Entre temps, les ressources de la biodiversité se dégradent continuellement.

 

Par Alain DJAWA WALIDJO, Stagiaire

 

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