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CES MULTINATIONALES QUI LORGNENT LES TERRES CAMEROUNAISES

f9981679f9291cc4ef0352663a519d1d_XLLe courrier, 12 octobre

Face aux difficultés grandissantes dans la culture du cacao, Jean-Pierre a diversifié ses activités et a lancé une plantation de poivre au cœur de la forêt de Penja.

LDT

GLOBALISATION • Problèmes de gouvernance et riches terres arables ont fait du Cameroun un véritable eldorado pour les géants de l’agroalimentaire. Face aux monocultures destinées à l’exportation, des paysans luttent au quotidien pour leur survie.

Loum Chantier est un village mangé par la mousse au cœur du Moungo, la terre nourricière du Cameroun qui environne Douala. Dans les rues, les fèves de cacao sèchent à terre avant d’être envoyées au Nord, «chez les Blancs». Avant le voyage, elles seront revendues par plusieurs intermédiaires, renchérissant chaque fois. Au début de cette chaîne, se trouve toujours un cultivateur – et sa famille. Soixante-sept pour cent de la population travaille dans l’agriculture et l’écrasante majorité travaille sur moins de cinq hectares.

Réorientation forcée.

Le Courrier est parti en reportage dans ce pays qui doit tout à l’agriculture familiale, mais où les terres arables sont de plus en plus exploitées sous forme de monocultures de bananes, poivre, huile de palme ou coton en vue de l’exportation. Sur place, les noms de Bolloré, Nestlé, ou encore PHP (acronyme pour les Plantations du Haut-Penja, dont la maison-mère est la Compagnie fruitière de Marseille), sont omniprésents.

Loin des techniques industrielles, Jean-Pierre présente sa parcelle. A 52 ans, il a passé la moitié de sa vie au milieu de ses cacaotiers. Il connaît chaque arbre dans cette forêt à la végétation dense, qu’il entretient depuis tant d’années. Lorsqu’il parle de ses cabosses renfermant les précieuses fèves et de ses plantes, c’est presque avec ferveur. «Mais c’est devenu très difficile. Depuis dix ans, surtout. Depuis que le climat a changé. Ici, on se demande si ça va rester ainsi.» Ces derniers mois, les pluies qui se prolongent chaque année lui ont fait perdre 50% de ses cabosses.

«On met des produits traitants, mais ce n’est pas suffisant.» Au sol traînent plusieurs sachets en aluminium. Aucun paysan, dans cette zone, n’utilise de protection. «Ils disent de mettre des masques et des gants, mais ça coûte cher. Par contre, on respecte bien les doses, c’est important.»

Actuellement, Jean-Pierre est endetté. Le cacao lui rapporte de moins en moins, avec des prix oscillant entre 600 et 1500 francs CFA le kilo (1 à 2,50 francs suisses). «J’ai dû me diversifier, alors je fais du poivre à 10 000 francs CFA le kilo. Au final, j’y gagne quatre fois plus.» Le cultivateur n’a jamais entendu parler des labels équitables. Et la fatigue se fait sentir face à des conditions de vie qui se détériorent sans cesse. En fin de discussion, il confie aspirer à ce que ses enfants arrêtent leurs études et viennent l’aider. «Ça m’allégerait.»

Monocultures, et après?

Au retour du champ de Jean-Pierre, les rangs d’une interminable bananeraie défilent, propriété de PHP, qui exploite plus de 5500 hectares dans la zone et exporte chaque année 260 000 tonnes de bananes en Europe.

Une journaliste de Yaoundé, spécialisée dans les questions d’agriculture, explique sous couvert d’anonymat: «Leurs plantations, ce sont comme des sanctuaires. Là-bas on te secoue jusqu’au caleçon pour voir ce que tu portes sur toi.» Elle enrage devant le laxisme du gouvernement face aux pratiques de ces compagnies. «Elles veulent gangstériser nos terres alors que ce sont nos champs non industrialisés qui nous nourrissent.»

Réputées – en mal – pour leur tendance à l’accaparement des sols, certaines firmes reviennent parfois en arrière, après que le mal a été fait. «Hévécam, qui produit du caoutchouc, utilise beaucoup de produits chimiques, qui rendent malades les saigneurs d’arbres. Lorsque les terres ne sont plus rentable, elle organise une cérémonie et rend les terrains, devenus incultivables, aux paysans. Quant aux hévéas qui restent, on ne peut plus rien en faire, le caoutchouc, ça ne se mange pas.»

Laura Drompt                     

 

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